La grotte céleste de Ramding

"Les huit ornements du sens profond"

 

 

Hommage au gourou!

Le saint Milarépa résidait à la grotte céleste de Ramding en compagnie de Réchoungpa, Drigom Répa et quelques autres disciples. Alors que Réchoungpa et Drigom Répa débattaient intensément à propos de la vue philosophique, de la méditation et de l'action selon Naropa et Maitripa, le saint leur dit :

"Ecoutez mon chant, vous deux, et ensuite reprenez votre conversation." Et il chanta.

 

Expérience joyeuse ! Libre des discours, je suis heureux.

Le seigneur bienveillant, le lama se tient au sommet de ma tête,

La réalisation de l'inséparabilité s'élève en mon esprit.

 

Vous deux, méditants érudits qui examinez et jugez,

Si vous ne trouvez pas en vous la cause,

Tout ce bavardage, c'est de l'orgueil.

 

Trancher à l'intérieur les doutes concernant l'esprit,

N'est-ce pas ce qui s'appelle la vue libre des extrêmes ?

Si elle est reliée avec les écritures et le raisonnement, quel grand ornement !

 

La dissolution des pensées dans le corps absolu,

N'est-ce pas ce qui s'appelle la méditation spontanée ?

Si elle est reliée avec les expériences, quel grand ornement !

 

La pureté en eux-mêmes des six domaines sensoriels,

N'est-ce pas ce qui s'appelle la conduite de saveur égale ?

Si elle est reliée avec les situations appropriées, quel grand ornement !

 

La naissance des expériences de félicité et de vacuité,

N'est-ce pas ce qui s'appelle l'instruction essentielle de la transmission orale ?

Si elle est reliée avec les quatre initiations, quel grand ornement !

 

L'émergence de la claire apparence de la vacuité

N'est-ce pas ce qui s'appelle la progression dans les terres et chemins ?

Si elle est reliée avec les signes du chemin, quel grand ornement !

 

L'escorte de l'esprit jusqu'à l'épuisement,

N'est-ce pas ce qui s'appelle la réalisation de Bouddha en une vie ?

Si elle est reliée avec les quatre corps, quel grand ornement !

 

Le détenteur des écritures, du raisonnement et des instructions orales,

N'est-ce pas ce qui s'appelle le lama détenteur de lignée ?

S'il est relié à la compassion, quel grand ornement !

 

La personne qui a foi et grande compassion,

N'est-ce pas ce qui s'appelle un disciple - réceptacle approprié ?

S'il est relié avec l'aspiration et le respect, quel grand ornement !

 

La certitude concernant l'esprit s'acquiert par la vue,

La compréhension pratique s'obtient par la méditation,

L'intégration est menée à son terme par la conduite,

L'actualisation est certifiée par les quatre corps,

Le fruit est connu comme l'esprit même.

En réalisant un, tout est réalisé.

 

Ainsi a-t-il chanté. Leurs doutes à tous s'évanouirent.

 

Texte tibétain MILA'I MGUR 'BUM page 724. (livre rouge)

Traduction du tibétain par L. Namgyal

 

Sa Sainteté Karmapa

Bodh Gaya 25 décembre 2001

1/3 Début de l'enseignement

 

L'enseignement fut précédé du loung de la pratique de Tchenrézi.

 

 

 

De nombreuses personnes venant de toutes les directions du monde se sont rassemblées ici à l'occasion du Kagyu Meunlam. Parmi vous, il y a de nombreux occidentaux, de nombreux taiwanais et des personnes venues de pays dont je ne connais même pas le nom. En tout cas, beaucoup sont venus de très loin, sans prêter attention aux diverses difficultés, et je m'en réjouis. Venir en ce lieu, ce n'est pas comme se rendre en n'importe quel autre lieu. Bodh Gaya, l'endroit sublime où tous les Bouddhas des trois temps manifestent le plein éveil est un lieu particulièrement noble. Je pense que pouvoir venir de très loin et se réunir ici est le résultat de l'accumulation de mérite et de sagesse durant de nombreux éons.

 

Si nous pensons à la bonne fortune qui nous amène ici, s'élève en l'esprit un sentiment certainement très exaltant, peut-être même inconcevable et inexprimable. Une fois que nous sommes dans un lieu de pèlerinage, il est important de faire en sorte que cet excellent mérite ne soit pas gaspillé. En particulier, maintenant que nous sommes arrivés ici à Bodh Gaya, c'est très important de pratiquer, d'effectuer des prosternations, des circumambulations, et surtout de faire des prières et des souhaits. Si nous effectuons ces souhaits avec une pure intention, quelles que soient ces prières, je pense qu'elles se réaliseront dans le futur.

 

Normalement, quand on enseigne, il est nécessaire d'effectuer une préparation. La requête de cet enseignement a été tardive et soudaine, aussi je n'ai pas eu la possibilité de le préparer. Ce que je vais enseigner ne sera pas, je pense, très bien ou très beau mais je vais vous parler avec la motivation la plus pure possible. Par le pouvoir de l'accumulation de mérite et de cette motivation, j'ai bon espoir que ce devrait être bénéfique.

 

Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, je vais vous donner un enseignement sur un chant de Milarépa, qui s'appelle "les huit ornements du sens profond."

 

Ce chant de Milarépa, "les huit ornements du sens profond", comporte une introduction, mais je vais la laisser de côté, et je vais expliquer les points principaux de la pratique.

 

En général, si nous ne réalisons pas la nature de notre propre esprit, étudier beaucoup et accomplir de nombreuses pratiques vertueuses, n'est pas très bénéfique. Nous devons réaliser la nature authentique de notre propre esprit. Le dharma doit être intégré à notre esprit. Sinon, passer du temps à débattre, à étudier beaucoup, à être très actif au cours de cette vie, n'est pas vraiment profitable. Généralement, l'écoute et la réflexion sont bénéfiques, mais il faut qu'il y ait l'écoute, la réflexion, et la méditation. S'il n'y a que l'écoute et la réflexion ce n'est pas bénéfique. Nous pouvons pratiquer le Dharma effectivement, s'il y a écoute, réflexion, et méditation au complet. Sinon seulement l'écoute et la réflexion ne porteront pas de fruit. Ce qui est donc important c'est la pratique de la méditation.

 

La pratique du dharma inclut la vue philosophique (Tawa), la méditation, et la conduite. Le premier point, c'est la vue philosophique. Qu'est ce que la vue ? La vue consiste à trancher les doutes, la confusion. En général, le terme Tawa, veut dire voir. Que doit-on voir ? Il est dit que l'|il de sagesse voit (comprend) la nature même de l'esprit. Qu'elle vue doit-on avoir ? La vue permet de couper court à tous les doutes et confusions. Par exemple : couper les doutes concernant la saisie dualiste, de même couper les doutes sur la notion d'un moi et d'un autre, couper à la base tous les doutes concernant la réalité ou la non-réalité de tous les phénomènes. C'est la vue qui est au-delà des extrêmes. Quand on médite la voie du milieu, du Madhyamika, il est question de transcender les extrêmes. Qu'est la vue qui transcende les extrêmes ? Elle consiste à trancher les doutes. Comment trancher les doutes ? Dans notre esprit à l'heure actuelle, les doutes sont nombreux. Par exemple l'idée, "ceci existe", "ceci n'existe pas" ou bien encore la pensée, "ceci est", "ceci n'est pas"; nous avons un grand nombre de doutes. Tous les mondes et les phénomènes sont par nature dépourvus de réalité, en fait ils sont l'objet d'une dénomination. Bien que nous soyons obligés de les dénommer, il n'y a pas de doute à avoir pour autant, ils sont dépourvus de réalité. Bien qu'ils soient dénommés, d'un point de vue ultime ils n'ont pas de réalité qui leur soit propre. Dépourvus de réalité au sens ultime, ils sont labellisés et si nous réalisons la nature du mode d'être, c'est la vue qui est au-delà des extrêmes, ou bien encore la vue de la voie du milieu.

 

Quand on parle des extrêmes, de quels extrêmes s'agit-il ? On en mentionne quatre ou huit. On peut les résumer à deux : l'extrême de l'existence ou de l'éternalisme et l'extrême de la non-existence ou du nihilisme. Qu'est l'extrême de l'existence ? L'extrême de l'existence, dans le contexte du dharma, ce serait penser que quelque chose existe d'une façon permanente. Penser que quelque chose ne meurt pas illustre la croyance à la permanence. Par exemple, le Bouddha existe d'une façon permanente, il est libre de vieillissement et de mort. L'idée de quelque chose existant en soi, de permanent, constitue l'extrême de l'éternalisme. Dans les textes, il est dit que la nature des phénomènes, la dharmata, est dépourvue de réalité mais qu'elle existe. Ou bien encore, il est dit qu'une fleur de lotus existe de façon permanente quelque part dans l'espace. Donner une réalité à quelque chose qui en est dépourvu c'est l'extrême de l'existence ou de l'éternalisme. Qu'est l'extrême du nihilisme ? La vue nihiliste revient à dire que la loi du karma, cause et résultats, n'existe pas, qu'il n'y a rien à rejeter ou adopter concernant les actes positifs ou négatifs, qu'il s'agit simplement d'une dénomination mais que véritablement cela n'a pas de réalité. Fondamentalement, rien n'a d'existence, il s'agit uniquement d'une dénomination. C'est l'extrême du nihilisme. En général, en raison de l'attachement et de la saisie, nous avons tendance à nous attacher aux actes positifs, et cet attachement constitue une erreur, ou bien encore nous pensons que les actes non vertueux sont mauvais, et cela constitue également une erreur. Il faut pouvoir être sans attachement et sans saisie.

 

En général, il est correct de dire que "Bouddha" peut être permanent. Du point de vue de la dénomination, c'est possible. Mais si on s'attache à cette dénomination du Bouddha en disant qu'il est permanent, on ne peut pas dire que c'est une réalité en tant que telle. Comment le comprendre ? Si on dit que "Bouddha" est permanent, c'est en référence à son activité éveillée ininterrompue pour le bien des êtres. Aussi longtemps qu'il y a des êtres dans le samsara, l'activité éveillée du Bouddha est ininterrompue. Donc on peut dire qu'il y a une qualité de permanence attribuée à cette activité éveillée, mais elle n'a pas pour autant une réalité. En ce qui concerne une existence en soi, le Bouddha lui-même a dit qu'il enseignait ce qui transcende la souffrance, le nirvana, mais qu'il ne fallait pas s'attacher à l'idée d'une réalité intrinsèque. Si l'on croit à une réalité, ce n'est pas correct. Si on revient à l'exemple où l'on dit que "Bouddha" est permanent, c'est juste car l'activité éveillée du Bouddha est ininterrompue pour le bien des êtres. Donc aussi longtemps que les êtres demeurent dans la confusion, aussi longtemps l'activité éveillée du Bouddha est ininterrompue. On peut l'exprimer ainsi, mais cela n'a pas de réalité pour autant. C'est une simple dénomination mais du point de vue de la vérité ultime, tous les phénomènes sont dépourvus d'élaboration. De même pour le Bouddha, il est dépourvu d'élaboration, il n'a pas la moindre réalité. Donc d'une façon générale, le Bouddha est dépourvu d'une réalité en soi, mais il est permis de parler de la permanence. Pourquoi ? L'activité éveillée et les qualités du Bouddha se manifestent aussi longtemps que les êtres demeurent dans le samsara. Quand l'océan du samsara est asséché il n'y a plus rien à parachever. Les êtres sont infinis comme l'espace est infini, de même l'activité éveillée du Bouddha est continue et ininterrompue. C'est pourquoi on peut le qualifier de permanent.

 

En ce qui concerne l'extrême du nihilisme, en général du point de vue de la vérité ultime, la loi du karma, des causes et des résultats, est dépourvue de réalité. Les phénomènes du samsara sont dépourvus d'une réalité en soi, les phénomènes du nirvana sont dépourvus d'une réalité en soi. Ils sont simplement le fait de la dénomination. Il ne s'agit que de dénomination sans aucune réalité. Et donc la loi du karma, des causes et des résultats, n'a pas de réalité. Mais maintenant, nous n'avons pas réalisé la vérité ultime, nous ne sommes pas arrivés à cette réalisation, nous sommes pris dans la vérité relative, nous sommes tous pris dans l'illusion et la saisie dualiste. Aussi longtemps que la saisie dualiste n'a pas décliné, les apparences de la saisie dualiste existent. Aussi longtemps que les apparences de la saisie dualiste n'ont pas décliné, la loi du karma, des causes et des résultats, s'applique dans notre situation. Comme nous n'avons pas réalisé la vacuité, la loi du karma s'applique. Aussi longtemps que les illusions de la saisie dualiste n'ont pas décliné, la loi du karma existe. Aussi longtemps que les illusions de la saisie dualiste n'ont pas décliné, si on dit que la loi du karma n'existe pas, alors on adopte une vue nihiliste. Là, où il y a existence, on affirme la négation. Mais si l'on réalise la nature fondamentale de la vacuité de tous les phénomènes, on comprend que tous les phénomènes sont dépourvus d'élaboration, de réalité. De même la loi du karma est comprise comme étant dépourvue d'élaboration. Le karma, les actes vertueux et mauvais sont reconnus, les engagements sont tenus, la vertu est identifiée, ce qu'il faut maintenir est connu, les actes négatifs non vertueux sont abandonnés. Quand on réalise la nature ultime du mode d'être, les actes non vertueux se purifient naturellement et la vertu se développe spontanément d'elle même. Maintenant, la vertu est considérée comme étant quelque chose à part, et demande beaucoup d'efforts. Les actes mauvais doivent être abandonnés, mais cela ne se passe pas naturellement tout seul. C'est l'indication que nous sommes sous l'emprise de la saisie dualiste. Aussi longtemps que la saisie dualiste n'a pas décliné, les apparences de la saisie dualiste existent et la loi du karma s'applique.

 

C'était la vue. Le point suivant est la méditation. Qu'est la méditation ? Actuellement notre esprit est sujet à une grande variété de pensées. Nous avons de nombreuses pensées en relation avec l'attachement, l'aversion et d'autres tendances. L'essence de toutes ces pensées est fondamentalement le dharmakaya, le corps absolu spontané, ou la vacuité, l'espace de la simplicité. Si on réalise la nature de vacuité de nos pensées, si on réalise nos pensées comme étant le dharmakaya, c'est ce que l'on peut appeler la méditation spontanée ou née d'elle-même. Actuellement, notre esprit est sujet à une grande variété de pensées. Si on réalise l'essence de ces pensées, l'absence de réalité, alors c'est la vacuité. Si on réalise cette essence vide des pensées, la vacuité, c'est ce que l'on peut appeler le dharmakaya du Bouddha. Si on réalise le corps absolu du Bouddha, si on réalise l'essence vide des pensées comme le corps absolu, c'est ce que l'on appelle la méditation.

 

Par exemple, si nous avons un miroir recouvert de poussière, nous ne pouvons pas y voir le reflet de notre visage. Tout d'abord, il est nécessaire de nettoyer ce miroir. De même, nous avons beaucoup de pensées et il faut les purifier. Notre esprit est traversé par toutes sortes de pensées en relation avec la saisie, on peut parler des pensées qui sont plutôt positives, ou des pensées plutôt négatives, toutes sortes de pensées. Comment se débarrasser des pensées ? Pour reconnaître la nature de l'esprit, il faut l'usage de l'|il de la connaissance, arriver à la vue juste. Que va t-on voir ? On va voir l'essence vide de toutes ces pensées, c'est cela la méditation. Pour que la méditation soit bonne, il faut tout d'abord la vue juste. Il ne s'agit pas d'une vue fabriquée par quelqu'un. Le Bouddha a enseigné différentes vues philosophiques adaptées aux circonstances, mais la véritable vue est celle qui permet de réaliser la nature de l'esprit. Le Bouddha ne parle pas d'une vue qui soit simplement une opinion ou une fabrication conceptuelle. Il s'agit de la réalisation même de la nature de l'esprit, si c'est la fabrication de quelqu'un d'autre, ce n'est pas la vue authentique. Si on réalise vraiment, si on reconnaît la nature même des pensées, et si l'on peut demeurer dans cette vue, sans saisie des pensées, c'est la méditation spontanée ou née d'elle même. Que veut dire "rangjung", née d'elle même ? Ce n'est pas quelque chose de nouveau fabriqué par quelqu'un. Primordialement, cette nature de l'esprit est la graine du tathagatagarbha, la nature spontanée de l'esprit. Si on demeure dans cette nature, c'est la méditation.

 

Le troisième point porte sur la conduite. Comment comprendre la conduite ? La conduite est en rapport avec les six objets des sens et les consciences qui permettent d'appréhender les formes, les sons, les odeurs, les saveurs, le toucher et la conscience mentale qui saisit les pensées. Par exemple en ce qui concerne les saveurs. Il faudrait être sans saisie envers la saveur délicieuse ou dégoûtante, sans une saisie de plaisir à l'égard d'une saveur délicieuse, sans une saisie désagréable à l'égard d'une saveur infecte, être égal face à toutes les saveurs. Qu'est la saveur égale ? Ne pas avoir de préférence entre ce qui est sucré ou aigre. On peut aimer, avoir beaucoup de plaisir à ce qui est sucré. Par exemple, si on n'a pas réalisé le mode d'être, on a de l'attachement à ce qui est sucré, alors quand on arrive à la réalisation de l'essence de ce qui est sucré, c'est délicieux et l'aigre aussi est délicieux. On doit arriver à la saveur égale à l'égard de toute chose, dans les six domaines sensoriels. Par exemple, les moines tibétains mangent de la viande. D'une façon générale, si on voit quelqu'un manger de la viande, on ne trouve pas cela très réjouissant. On n'aime pas trop voir ce genre de chose. Au Tibet, c'était une nécessité pour les moines tibétains de manger de la viande. Pourquoi était-ce nécessaire ? Autrefois, au Tibet, il fallait manger de la viande et du beurre pour vivre, et s'il n'y avait pas de beurre ou de viande, les tibétains encourraient le risque de ne rien avoir à manger. Donc les moines devaient aussi manger de la viande et du beurre. Non seulement du point de vue des circonstances, mais du point de vue du dharma il y a aussi une raison qui fait que les moines peuvent manger de la viande. Le Bouddha a, dans les enseignements du Vajrayana, dit qu'il est permis de consommer de la viande consacrée. Ayant au préalable consacré la viande par la pratique du ganachakra, on peut alors en manger. Maintenant, la plupart des gens préfèrent ne pas manger de viande, certains en mangent, cela dépend de l'aspiration de chacun, des préférences personnelles. En fait, si l'on mange de la viande, ça devrait être acceptable, si l'on n'en mange pas, cela devrait l'être également, le principal est que la saveur égale s'applique aux six domaines sensoriels. S'il y a la saveur égale envers les six domaines des sens, il n'y a pas de préférence entre ce qui est bon ou mauvais. Il ne devrait pas y avoir de préférence si l'on mange de la viande et de trouver que c'est bon, ou si l'on n'en mange pas, de trouver que c'est impropre. Tous les phénomènes du samsara et du nirvana étant de saveur égale, il en va de même ici. Par exemple, si le bonheur advient, on en veut autant que possible, si c'est la souffrance, elle nous est désagréable et notre esprit est malheureux. Mais si on a réalisé la nature même des phénomènes, le bonheur et la souffrance n'ont pas de réalité, alors si le bonheur vient, il est apprécié comme bonheur, et la cause de ce bonheur est l'expression de la clarté vacuité de la nature de l'esprit. Si une grande souffrance surgit, elle nous encourage dans la pratique du Dharma. S'il n'y a pas de souffrance alors il n'y a pas de pratique du dharma. Si on ne pratique pas le dharma, alors le bonheur ne naît pas en notre esprit. En raison de la douleur, on s'entraîne dans le dharma et en s'entraînant dans le dharma, l'esprit devient heureux. Cette saveur égale, c'est ce que l'on appelle la conduite.

 

Il est important de garder à l'esprit, qu'une certaine forme de saisie est nécessaire quand nous nous engageons dans la pratique. Par exemple, au début d'une pratique de méditation sur les divinités, au moment de la prise de refuge et du développement de l'esprit d'éveil. Quelle sorte de saisie faut-il ? On pense, je vais accomplir la pratique de cette divinité pour mon propre bien et celui de tous les êtres. De la même façon, quand on récite la prise de refuge, il est nécessaire qu'il y ait une certaine forme de saisie. Mais dès que l'on aborde la phase principale, comme pour le développement de la divinité, il est important de se rappeler qu'il ne faut pas de saisie. Il est capital de se rappeler qu'il faut pratiquer sans attachement et sans saisie, car s'il y a de la saisie, il n'est pas possible de recevoir les bénédictions ou les accomplissements des yidams. Il faut donc toujours méditer sans saisie, préserver une vue sans saisie, et également maintenir une conduite qui soit dépourvue de saisie. Cela est extrêmement important.

 

Une fois, Khempo Tsultrim Gyamtso Rimpoché m'a raconté l'histoire de Guendun Chöpel. En retraite, ce maître avait une très bonne expérience de la vacuité, et avait pu laisser une empreinte de sa main dans la roche. Il en avait été impressionné et s'était dit que la fois suivante il ferait encore mieux. Mais la fois d'après ça n'a pas marché, pour seul effet, il se fit un peu mal à la main. Si nous avons de l'attachement et de la saisie, il ne peut pas y avoir d'accomplissement ou de bénédiction qui découle de la pratique, et il n'y aura pas de progrès. Donc pour que les progrès soient effectifs dans la pratique, il est important qu'il n'y ait pas d'attachement, que la méditation soit sans attachement. D'un point de vue ultime, une fois que l'on s'est libéré de toutes sortes de saisies, par exemple sur les pratiques de divinités, alors on peut réaliser la nature ultime de la divinité. L'accomplissement suprême est obtenu et en même temps comme un effet secondaire, tous les accomplissements, toutes les activités miraculeuses pourront être manifestés. Il est important que la pratique soit dépourvue de saisie, d'attachement.

 

Pour aujourd'hui je n'ai rien d'autre à ajouter. Vous êtes venus de très loin dans ce lieu particulier qu'est Bodhgaya. Il est important de bien employer le temps dont nous disposons ici, pour l'obtention du bonheur, d'y associer nos proches, et par extension tous les êtres qui sont aussi nombreux que vaste est l'espace. Il nous faut faire des prières, des souhaits pour les gens de notre région, de notre pays. En particulier, notre monde vit une époque ou les temps sont très troublés, il y a beaucoup de conflits, de guerres. Il est important de faire des prières pour les êtres du monde entier. En particulier en tant que bouddhiste, il faut se rappeler que nous avons des relations avec tous les êtres, que pas un seul être n'a pas été notre mère ou notre père. Il convient de faire des prières et des souhaits pour le bien de tous les êtres qui emplissent l'univers.

 

Vous pouvez poser cinq questions.

 

Première question :

Pouvez-vous nous dire comment pratiquer le Gourou Yoga ?

 

La fonction du lama, du maître spirituel, est extrêmement importante. Il n'est pas envisageable de pratiquer le dharma sans un lama. Pour recevoir la grâce du lama il y a beaucoup de méthodes variées de Gourou Yoga auxquelles on peut s'en remettre. Voici une méthode de gourou yoga : on visualise au-dessus de sa tête le lotus et la lune et son propre lama racine indifférencié de Vajrasattva. On lui adresse nos prières et on pense que de la lumière vient de ses corps, parole, esprit, et qu'elle fond en nos corps parole, esprit. Nous recevons ainsi les quatre initiations et nous avons le pouvoir d'actualiser ses corps, parole, esprit et sagesse. Le principal est d'avoir la confiance et les samayas, on peut alors recevoir l'influence spirituelle et obtenir les accomplissements.

 

Deuxième question :

Comment peuvent s'élever l'amour et la compassion depuis la vacuité ?

 

Quand on parle de la vacuité, on comprend que tous les phénomènes sont vacuité. Tous les phénomènes sont en essence vacuité. Si on médite la bodhicitta, l'esprit d'éveil, elle appartient aussi à la vacuité. La bodhicitta n'existe pas en dehors même de cette vacuité. Donc s'il y a vacuité, il y a la bodhicitta, et s'il y a la bodhicitta alors il y a la vacuité. Elles vont de pair. En général, nous méditons la vacuité, nous méditons que tous les phénomènes sont de la nature de la vacuité. Comment doit-on méditer alors ? Ce qui est appelé vacuité ce n'est pas un néant. Il y a la clarté, et l'expression de cette vacuité manifeste tous les phénomènes du samsara et du nirvana. La bodhicitta est la nature même de la vacuité. Si on médite la bodhicitta, la vacuité est présente, il y a union des deux.

 

Troisième question :

Votre Sainteté, vous avez mentionné Milarépa au début de l'enseignement. Comment Milarépa a-t-il fait pour maintenir cette endurance dans la pratique, et atteindre la réalisation et les accomplissements en une seule vie ?

 

Il faut beaucoup de courage. Pour maintenir la pratique, il faut courage et endurance. Milarépa, a dû faire face à de nombreuses difficultés, mais il a agi en conformité avec la parole du lama. Le dharma doit être pris à c|ur, pas seulement du bout des lèvres mais du plus profond du c|ur. Il faut comprendre les qualités du dharma, que la pratique permet de se libérer des trois mondes du samsara et de libérer tous les êtres des trois mondes du samsara, que cet engagement est quelque chose d'important, que l'on peut donner sa vie pour le dharma. Une fois qu'une telle pensée est établie, je pense qu'avec cette détermination, Milarépa a maintenu la force de son engagement.

 

Apprécier cette grande valeur permet de développer le courage.

 

Quatrième question :

Dans la voie du mahamoudra, il est dit que le seul moyen est la dévotion envers son maître. Beaucoup d'entre nous dans cette pièce avons une connection avec Votre Sainteté, nous avons suivi des maîtres et nous avons peut-être pratiqué pendant des années. Nous avons effectué les pratiques préliminaires, les avons peut-être accomplies, mais nous n'avons toujours pas réalisé la nature de notre esprit ! Votre Sainteté pourrait-elle nous donner des instructions spécifiques ?

 

Je n'ai pas d'instructions spécifiques ! Les grands maîtres du passé ont donné les instructions concernant le mahamoudra, la grande perfection, ou la voie du milieu. Je n'ai rien de plus ou de nouveau à ajouter qui ne serait inclus dans leurs enseignements. En fait, nous avons pris naissance encore et encore dans le samsara, mais nous n'avons pas compris son essence. Il y a beaucoup de pensées dans notre esprit. Nous avons fait beaucoup de pratiques préliminaires, mais les trois poisons, attachement, aversion et stupidité n'ont pas diminué. Pourquoi l'attachement, l'aversion et la stupidité n'ont pas diminué ? Parce que les points essentiels du dharma ne sont pas entrés en notre esprit. Il faut que les points essentiels du dharma s'intègrent en notre esprit. Comment les intégrer ? Il faut mettre en pratique ce qui est enseigné dans le dharma. Si on met en pratique ce qui est enseigné, alors le dharma a un sens. Si on effectue les activités en conformité avec le dharma, on peut dompter les facteurs perturbateurs et réaliser la sagesse du sens ultime. Il n'est pas nécessaire de connaître de nombreux dharmas. Le nom du mahamoudra ne suffit pas, le joli nom de la grande perfection non plus, avoir médité beaucoup n'aide pas. Il faut appliquer les points essentiels. Si on pratique beaucoup la méditation, mais que l'on ne sait pas vraiment méditer, que l'on essaie de bloquer les pensées, alors ce n'est pas bénéfique. Le plus important est de bien pratiquer. Sinon, si on médite beaucoup, sans savoir vraiment ce qu'est la pratique, en dehors de nous créer beaucoup de difficultés, cela n'aide pas.

 

Cinquième question :

Votre Sainteté, merci pour vos enseignements qui sont très clairs et ont tout expliqué en profondeur. Quels sont les antidotes à l'orgueil et à la jalousie ?

 

En général, par exemple, l'orgueil naît de la pensée de l'importance de soi, comme moi je suis beau. De ce sentiment d'être le plus beau, surgissent les facteurs perturbateurs. Quel est le remède à l'orgueil ? Le remède à l'orgueil, c'est le renoncement au samsara. Si on a le renoncement alors même si l'orgueil s'élève, on comprend qu'il ne sert à rien, qu'il n'y en a pas besoin, qu'il est une occasion de renaître dans les classes inférieures et donc on s'en détourne. Le renoncement est essentiel.

Pour remédier à la jalousie, je pense qu'il faut méditer l'amour et la compassion à l'égard de tous les êtres. Tous les êtres depuis des temps sans commencement ont été extrêmement bons à notre égard. Si nous avons de la jalousie ou de l'agressivité envers eux, ce n'est d'aucun bienfait. Nous sommes redevables envers les autres de leur bonté donc maintenant nous devons méditer l'amour et la compassion à leur égard. En général, si on peut pratiquer correctement ne serait-ce qu'un seul dharma, ce pourrait être un antidote qui dompte tous les poisons, attachement, aversion et stupidité. Mais si on ne pratique pas correctement, même si on connaît beaucoup d'enseignements ils ne peuvent devenir des antidotes.

 

Aujourd'hui est un jour de fête et bientôt c'est le nouvel an, aussi je v ous présente à tous mes nombreux et meilleurs v|ux, mes taschi délègs.

 

Sa Sainteté Karmapa

Bodh Gaya 27 décembre 2001

2/3 Suite de l'enseignement

 

Dans le chant du saint Milarépa, "les huit ornements du sens profond", je vais maintenant parler du quatrième ornement. Précédemment, nous avons vu les trois premiers points : la vue philosophique, la méditation et la conduite. Les trois premiers ornements ont donc été vus. Le quatrième porte sur les instructions orales de la transmission orale. En général, les paroles du lama, sont les instructions orales du maître, ou bien encore les instructions essentielles. Que sont les instructions orales ou essentielles ? Ce sont celles qui font s'élever l'expérience de l'union de la félicité et de la vacuité, l'expérience de la félicité et de la vacuité. Quand on réalise la nature de la vacuité, si on demeure dans la non-fabrication, dans l'état naturel, l'expérience de félicité et vacuité s'élève, et quand vient cette expérience, on parle des instructions de la lignée orale. Quand le lama transmet les instructions de la lignée orale au disciple, il fait naître dans l'esprit du disciple l'expérience de félicité vacuité. De même, quand le lama transmet les instructions de la lignée orale, le disciple doit à ce moment-là, lui aussi méditer cette expérience de félicité vacuité. Les instructions orales de la transmission orale ont pour but de faire naître l'expérience de félicité vacuité.

 

En général, on reçoit les instructions orales qui peuvent faire naître l'expérience de félicité vacuité, mais on n'en a pas la confirmation. Si on possède les instructions orales, il faut aussi la preuve, l'ornement. On possède probablement les instructions mais pas l'ornement. Que faut-il pour l'avoir ? Par exemple, si un être humain porte un bijou, un ornement, cela le rend encore plus beau et élégant. De même les instructions de la lignée orale peuvent faire naître la félicité vacuité. Que faut-il alors comme ornement ? Il faut que ce soit relié aux quatre initiations : du vase, secrète, connaissance transcendante et primordiale, et la quatrième initiation. Si c'est relié avec les quatre initiations, alors c'est l'ornement, la preuve qui peut être montrée aux autres.

 

Quel est le cinquième ornement ? Le cinquième ornement est celui de la progression dans les terres et chemins. Que sont les terres et chemins ? D'abord la vue de la vacuité a été déterminée par l'analyse de la nature des phénomènes et, on est arrivé à une certitude. Une certitude a donc été établie concernant le mode d'être des phénomènes. Là-dessus, on demeure en méditation dans la non-fabrication et alors naît l'expérience de félicité vacuité, naît l'expérience de la claire lumière. L'expérience de la claire lumière s'élève et grandissant de plus en plus, on avance de plus en plus haut dans les terres et chemins. Par exemple, par le potentiel de la vacuité de notre esprit, les voiles adventices diminuent et la sagesse essentielle se développe et donc par étapes sont franchis les terres et chemins, la première terre, la deuxième, etc, le pouvoir de la connaissance primordiale se développe de plus en plus, les voiles adventices diminuent. On évolue progressivement dans les terres et chemins. En quoi consiste cette progression ? C'est l'expérience de vacuité qui grandit de plus en plus. C'est la progression dans les terres et chemins.

 

L'expérience de vacuité grandissant de plus en plus, c'est la progression dans les terres et chemins. Bien que l'on arrive aux terres et chemins ce n'est pas suffisant, il faut la preuve, ou bien encore l'ornement. S'il y a l'ornement alors il y a la splendeur ou bien encore la preuve. Que faut-il comme preuve ? Il faut que la progression soit reliée aux signes du chemin. Par exemple quand on arrive à chaque niveau, il faut pouvoir en montrer les signes. Si un individu est à la première terre, au moment d'arriver à la deuxième terre, en un instant, il peut rencontrer des centaines ou milliers de Bouddhas, et déployer les pouvoirs miraculeux. Quand il arrive à telle ou telle terre, il a la possibilité de montrer les signes des pouvoirs miraculeux, et les qualités propres à chaque terre se développent. Si les qualités sont obtenues et se développent, c'est l'ornement.

 

Par exemple, avant-hier, j'ai expliqué la vue. La vue ultime à réaliser est la vue libre des extrêmes. Il faut avoir la réalisation de la vue, mais il faut pouvoir en démontrer la preuve aux autres. S'il y a l'ornement, on doit être en possession des écritures et du raisonnement. Les écritures, ce sont les paroles du Bouddha. Par exemple, si j'ai réalisé la vue, je dois pouvoir expliquer cette vue aux autres, dire simplement que je l'ai ne suffit pas. Il faut les écritures et le raisonnement. Si on détient les écritures et le raisonnement, alors c'est convenable. Si on ne possède pas les écritures et le raisonnement, les autres personnes n'ont pas confiance. Concernant la vue, il en faut non seulement la réalisation, mais aussi la preuve par les écritures et le raisonnement.

 

En ce qui concerne la méditation, en général on médite, et même si on a réalisé la nature de la méditation, au moment d'en parler aux autres on ne peut le prouver. Bien entendu, la méditation n'est pas quelque chose qui peut se montrer de façon tangible à autrui, c'est une expérience intérieure de l'esprit. Que peut-on dire à autrui ? On doit pouvoir dire aux autres que l'on a cette expérience de la méditation et, on doit pouvoir l'expliquer, c'est très important. C'est cela l'ornement de la méditation.

 

Le sixième ornement est la réalisation complète, l'état de Bouddha en une vie. Par exemple, le saint Milarépa est devenu Bouddha en une vie. Que signifie devenir Bouddha en une vie ? C'est l'épuisement de l'esprit. Le terme épuisement, peut-être compris comme accomplissement ou perfection de l'esprit. Tous les phénomènes sont par nature dépourvus de réalité, non vrais, par nature ils sont vacuité. La nature même de l'esprit, au stade de la confusion, n'est pas vue ou réalisée comme vide, il y a existence, ou manifestation de l'apparence. Nous croyons en la réalité des phénomènes qui apparaissent. À partir de cette perception, l'attachement vient, l'attachement aux objets surgit. En dépendance de cet attachement, les poisons comme le désir attachement, l'aversion, la stupidité naissent. Donc au début que faut-il ? Dans notre esprit, au stade de la confusion, les choses apparaissent comme existantes. Que signifie réaliser l'état de Bouddha en une vie ? Les apparences de notre esprit, tous les phénomènes sont dépourvus de nature propre, ils sont vacuité. Ils s'évanouissent en la vacuité. Tous les phénomènes se résorbent en notre esprit. Si on le réalise, on appelle cela l'état de Bouddha en une vie.

 

Par exemple, de nos jours, les scientifiques font des recherches sur les choses matérielles, comme sur une maison. Ils analysent la réalité des composants, des particules les plus petites comme les atomes. Ayant effectué leurs analyses, ils découvrent que les particules les plus infimes sont dépourvues de réalité, non permanentes, qu'il n'y a rien d'existant en soi. Ils analysent les particules les plus infimes. De nos jours, ils disent qu'il n'y a pas de particules, que l'on ne trouve rien de matériel. Que trouve t-on ? On ne trouve que de la lumière, il y a de la lumière pas de particules. De façon générale, les scientifiques sont à même d'analyser l'absence de nature des phénomènes, mais ils n'ont pas de pratiques. Ils peuvent comprendre que les phénomènes sont dépourvus de nature propre, mais ils ne pratiquent pas. Les scientifiques peuvent comprendre que les phénomènes, comme une maison, sont dépourvus de nature propre, ils le comprennent, mais ils ont de l'attachement à cette maison, ils n'ont pas renversé l'attachement. Pourquoi cela ? Principalement, parce qu'ils n'ont pas de pratique, l'attachement est là. Nous autres pratiquants du dharma, ne devons pas nous limiter à l'analyse, mais pratiquer, c'est la différence entre ces deux approches.

 

Comme pour la méditation, on peut avoir réalisé que les phénomènes sont dépourvus de nature propre, que l'on s'est pleinement éveillé, mais si les autres ne voient pas de changement alors ce n'est pas convaincant. Que faut-il ? Il faut l'ornement. Que doit être cette preuve ? Il faut que ce soit relié aux quatre corps de Bouddha, le nirmanakaya, le sambhogakaya, le dharmakaya ou le quatrième, le corps essentiel. Il faut ou bien l'obtention du nirmanakaya d'un Bouddha, ou bien l'obtention du sambhogakaya d'un Bouddha, ou l'obtention des quatre corps de Bouddha. Bien que l'on obtienne l'éveil en une vie, s'il n'y a pas de changement visible à l'extérieur, les autres peuvent avoir des doutes. Ils peuvent dire : "Ah il a réalisé la nature des phénomènes, mais il n'a pas changé !> La nature de l'esprit ne peut être montrée à l'extérieur. Par exemple, une fois que l'on a traversé la rivière, la vue de l'autre rive de la rivière est différente de celle-ci. Les autres ne peuvent le voir à l'extérieur car la réalisation est intérieure à l'esprit. Donc il faut une preuve qui puisse être montrée à l'extérieur. Il faut que ce soit relié aux quatre corps de Bouddha.

 

En général, les êtres humains ont beaucoup de pensées. Nous avons de nombreuses pensées, des bonnes et des mauvaises pensées. À mon avis, nous avons principalement des pensées négatives et peu de bonnes pensées. Pourquoi ? Parce que nous sommes sous l'emprise de nombreux facteurs perturbateurs, et leur pouvoir est tel que nous sommes peu enclins aux bonnes attitudes d'esprit. Ce qui est mauvais, il est facile de s'en souvenir et, on sait comment faire. Ce qui est positif, on ne s'en rappelle pas. Quand on parle des êtres éveillés, il y en a seulement quelques-uns, il n'y en pas beaucoup. Le reste, ce qui n'est pas positif, tout le monde peut y penser. On n'a pas besoin de s'en remettre à des êtres saints pour être enseigné. Ce qui est négatif, faire des choses mauvaises, nous pouvons tous y penser, nous savons le faire. Mais quand on parle du dharma, de la nature des phénomènes, nous ne savons pas. Nous ne comprenons pas, nous avons du mal à comprendre. Même si on nous enseigne, quelquefois, nous ne comprenons pas. Ce qui est mauvais, inutile d'en parler beaucoup, on s'en souvient, on sait le faire. En général, on est sous l'influence des distractions mondaines et peu sous l'influence du dharma. Là est la raison principale, et le pouvoir des facteurs perturbateurs est grand.

 

Dans notre monde, aujourd'hui il y a beaucoup de situations où la vérité est déformée. Par exemple, la vérité est présentée comme mensonge, le mensonge comme vérité. Si quelqu'un d'ordinaire tue une autre personne, et qu'il est attrapé, il est emprisonné, maltraité et, dans certains cas, il est condamné à mort. Dans un autre cas, le chef d'un pays puissant déclare la guerre à d'autres pays et un grand nombre de vies sont détruites. Si ce chef d'une grande puissance remporte la victoire, c'est glorieux. Ce n'est pas un acte criminel, c'est une victoire. Si quelqu'un d'ordinaire tue autrui, il est emprisonné et peut-être mis à mort, ceux qui décident les guerres, les pays puissants, les gens puissants, reçoivent les honneurs et la gloire, personne n'est mis en prison. Je pense que ce sont des situations où la vérité est déformée.

 

L'existence du samsara repose sur les contradictions. S'il n'y avait pas les contradictions, le monde n'existerait pas. De nos jours d'un côté il y a des gens qui d'une pensée supérieure construisent des hôpitaux pour le bien de tous, établissent des écoles, et s'engagent dans de nombreuses activités pour la paix dans le monde. Ils se donnent beaucoup de mal et y consacrent beaucoup de temps. Par exemple, des scientifiques dans des laboratoires font des médicaments et se creusent les méninges. D'un autre côté, il y a d'autres personnes qui fabriquent des armements pour tuer les êtres. Ils inventent des armes élaborées, se donnent du mal, se triturent le cerveau, et font beaucoup de dépenses. Ces deux activités sont en opposition. Le samsara repose sur les contradictions, sans contradiction, les trois mondes du samsara n'existeraient pas.

 

Mais je ne veux pas dire pour autant que fabriquer des armements est mauvais et que la construction des hôpitaux ou |uvrer pour la paix est bien. Je ne veux pas trancher. Pourquoi ? Parce que ce que tout ce qui se manifeste dans les trois mondes est de la nature de la souffrance. Tout est de la nature de la souffrance. D'un côté, concernant la souffrance de l'esprit, certains aiment les armes, certains ne les aiment pas. De la sorte, les pensées des êtres des trois mondes sont multiples. Ceux qui aiment les armements y trouvent du plaisir, ceux qui n'aiment pas les armes, désapprouvent leur fabrication. Les pensées des êtres des trois mondes sont dépourvues de réalité, et donc on ne peut établir ainsi une distinction entre le bien et le mal. Par nature, tout est dépourvu de réalité, donc ce n'est ni bien, ni mal. Mais maintenant, au stade de la confusion, pour nous autres humains qui sommes sous l'emprise de l'ignorance, il faut voir ce qui nuit. En fait, il faut voir ce qui est nuisible pour soi dans chaque situation. Si quelqu'un d'autre dit telle chose est nuisible, cela dépend des situations, cela peut-être le cas ou non. Ce qui nuit il faut y renoncer, ce qui est bénéfique, il faut l'accomplir.

Nous allons nous arrêter ici pour aujourd'hui, vous pouvez poser cinq questions.

 

Première question:

Qu'est ce que la sagesse co-émergente et comment se manifeste t-elle ?

 

Un lama du passé a dit ce qui suit et je trouve que c'est très bien. Ce qui s'appelle la sagesse co-émergente demeure dans la nature fondamentale même de l'esprit, inconcevable et inexprimable. Dire comment elle se manifeste ou ne se manifeste pas, on ne sait pas. À part la réaliser, on ne sait pas ce qu'elle est ou n'est pas. Un lama a dit :"Tilopa n'a jamais enseigné, Naropa n'a jamais écouté, ce nectar de la sagesse co-émergente, qui le montre à qui, qui le reçoit de qui ?" Elle n'a pas été montrée. Elle est inconcevable et inexprimable. Tous les phénomènes sont dépourvus d'élaborations, inconcevables et inexprimables. Comment est-ce inconcevable et inexprimable, on ne sait pas. C'est la réalisation de la sagesse de la conscience qui se connaît elle-même. C'est la réalisation de la sagesse qui comprend les choses comme l'illusion, son essence est naturelle et spontanée, non fabriquée, comme l'eau et les vagues, sans obstruction.

 

Que veut dire inconcevable et inexprimable ? Si l'on dit, les choses existent, quand on analyse, on voit que ces choses sont dépourvues d'existence en soi. Mais si on dit, qu'elles n'existent pas, relativement les choses existent et elles ont des fonctions. Les choses apparaissent et ont des utilités. Si alors on dit qu'elles n'existent pas, on est stupide. Ni existence ni non-existence, c'est inconcevable et inexprimable. Pour nous autres, les choses existent ou elles n'existent pas, ou elles existent et n'existent pas en même temps, mais que peut-on dire ?

 

Par exemple, on rencontre quelqu'un et il dit "untel est mort". On rencontre un proche, un parent et on dit "ton parent il est mort ?" Il répond "non il n'est pas mort." "Il est vivant ?" "Non il n'est pas vivant !" "Normalement, soit il est vivant, soit il est mort, pas les deux en même temps, cela n'existe pas !" "Tu n'as qu'à aller voir toi-même et te rendre compte s'il est vivant ou non !" On doit se rendre compte par soi-même s'il est vivant ou mort. À chacun de voir les si les phénomènes existent ou non, voyez le naturellement par la méditation.

 

Deuxième question :

De nos jours, il est difficile de devenir éveillé... négativité / chemin... (Question inaudible.)

 

Principalement, cela dépend de la pratique de l'individu. Par exemple nous sommes tous sur le chemin et le chemin permet d'avancer. Si nous sommes sur le chemin et que nous pratiquons le dharma correctement, même si nous n'arrivons pas à l'état de Bouddha, nous n'irons pas vers le bas dans le samsara. Mais si nous sommes sur le chemin, que nous ne pratiquons pas le dharma, que nous ne comprenons pas la nature du dharma, alors au lieu d'avancer sur le chemin, nous allons vers le bas.

 

En bref, si le dharma et notre esprit s'intègrent alors cela va. Si le dharma et notre esprit s'unissent, de façon certaine, le pouvoir du dharma est présent en l'esprit, et même si nous ne réalisons pas l'éveil, nous ne descendrons pas dans une condition de souffrance des trois existences inférieures du samsara.

 

Troisième question :

Dans la pratique bouddhiste, les doutes sont le problème principal. Pour nous autres, de ce côté de la rivière, certains enseignements, ne peuvent être analysés. Par exemple, un sujet simple comme tous les êtres ont été notre mère. Mais on ne le sait pas. Comment faire pour ne pas avoir de doutes sur un tel enseignement ? Le guru enseigne, mais nous avons même parfois de petits doutes envers le guru.

 

En général, tous les êtres ont des doutes. Pour couper les doutes, il faut comprendre le dharma. Si on ne comprend pas le dharma, on ne pourra pas couper les doutes. Il faut analyser les bienfaits du dharma, ce qu'est la nature du dharma.

Le second point : pas un seul être n'a pas été notre mère, notre père. Parfois cela est bizarre. J'y ai réfléchi quelques fois. Par exemple, nous autres bouddhistes croyons aux vies passées. Dans cette vie, nous avons des parents. Nous avons eu de nombreuses existences avec des parents différents. À chaque existence, nous avons eu des parents différents. Je ne suis pas certain que tous les êtres des trois mondes aient été nos pères ou nos mères, il doit bien y en avoir quelque uns qui n'ont pas été nos parents. Mais une chose est sûre c'est que nous avons des connections avec tous les êtres. Peut-être tous n'ont-ils pas été nos parents, mais il n'y en a pas avec qui nous n'avons pas de connection.

Troisième point : tous les êtres ont été nos parents. Pourquoi est-il dit tous les êtres ont été nos parents ? Nos parents sont bienveillants et de même tous les êtres ont fait preuve d'une même bienveillance, le Bouddha a enseigné la bienveillance à l'égard des êtres comme pour ses propres parents. Que les êtres aient été ou non nos parents, il faut considérer la bonté de tous les êtres. Nous sommes tous interdépendants, et dépendons tous les uns des autres. Si on ne dépendait pas des autres, on ne pourrait survivre. Il y a tant de facteurs interdépendants. Par exemple, pour la chair, la peau, etc, nous dépendons des autres et si tel n'était pas le cas, nous ne pourrions vivre. On dépend des autres. Tous les êtres des trois mondes s'appuient les uns sur les autres, dépendent de la bonté des autres. A mon avis, c'est la raison d'être de cette pensée.

Si on a n'a pas une bonne compréhension du dharma, les doutes viennent. Si on n'analyse pas le sens du dharma alors on a des doutes. Si on a des doutes, on n'a pas de liberté, de pouvoir.

 

Prenons une personne bouddhiste dont les parents n'auraient pas été très bons et qui entretient peut-être des mauvaises pensées à leur égard. Donc dans le dharma, si on lui dit "médites tous les êtres comme tes propres parents !" alors il répond "je ne vais pas méditer sur la bonté de mes parents, ils n'étaient pas bons". Dans ce cas dire à une telle personne, méditez tous les êtres comme vos parents n'est pas adroit, n'est-ce pas ? Même si ces parents n'ont pas été bienveillants, d'autres personnes ont fait preuve de bonté à votre égard. Nous devons nous aider mutuellement. Et il y a un bienfait à méditer la compassion en pensant à la bienveillance des uns et des autres.

 

Quatrième question :

J'ai deux questions et ces questions sont en moi depuis quelque temps. J'aimerais recevoir une réponse.

Première question : il nous faut avoir de la compassion à l'égard de tous les êtres comme envers notre mère. Mais si quelqu'un est opposé à notre lama racine comment pratiquer ce genre de compassion envers cette personne ?

La seconde question : on parle des êtres éveillés, nous autres nous sommes des êtres ordinaires. Mais si des personnes comme des Rimpochés, Tulkous font des choses négatives et vont de travers, comment peut-on réagir ? Et pourquoi le font-ils s'ils sont déjà pleinement éveillés ?

 

Je pense que dans le samsara les êtres sont voilés par la confusion. Et il peut y avoir beaucoup d'obstacles pour les bodhisattvas qui résident dans les terres élevées. Il y a des obstacles pour les êtres ordinaires comme nous. Les autres peuvent nuire à la rigueur, mais le plus important c'est soi même. Et l'on peut faire beaucoup de choses pour se nuire personnellement. Que les autres nous nuisent, c'est secondaire. Par exemple si quelqu'un nuit à notre lama racine, c'est quelqu'un dans l'ignorance, et il doit être l'objet de notre compassion. Pourquoi ? Notre lama racine est non seulement l'objet de la confiance, mais il est aussi doté des qualités. Cette personne qui lui nuit est dans l'ignorance, la confusion. En fait il faut avoir de la foi envers le lama, mais cette personne est voilée par l'ignorance et donc nous devons avoir de la compassion à son égard. C'est cela le plus important.

La seconde réponse. En général, le nom du dharma ne suffit pas pour être un pratiquant. Un pratiquant, c'est quelqu'un qui pratique le dharma. Les noms ne sont pas importants, par exemple un roc peut être appelé précieux, rimpoché, ou bien encore lama, on peut l'appeler de toutes sortes de noms. Si on ne pratique pas le sens, le simple fait d'être appelé ceci ou cela, n'avance à rien. Il faut y réfléchir.

 

Sa Sainteté Karmapa

Bodh Gaya 30 décembre 2001

3/3 Fin de l'enseignement

 

 

Du chant "les huit ornements du sens profond", le septième point concerne le lama, le maître spirituel. Quand il s'agit de s'en remettre à un lama, prendre n'importe lequel, ne convient pas. Le nom de "lama" ne suffit pas. Quelles qualifications le lama doit-il posséder ? Il doit connaître les écritures, le raisonnement logique et les instructions essentielles. Il doit avoir complètement étudié les enseignements du Victorieux et avoir la capacité de les enseigner aux autres, de même il doit maîtriser le raisonnement qui permet de trancher tous les doutes concernant le mode d'être, et avoir la réalisation intérieure de la félicité vacuité. Un tel lama est doté des qualifications requises. Que sont les qualités d'un authentique lama ? Il doit avoir étudié les vastes écritures, en particulier il doit maîtriser le raisonnement qui tranche les doutes, et il doit avoir la réalisation intérieure de l'esprit concernant l'expérience de félicité vacuité.

 

Le lama doit posséder ces qualités. Il doit avoir la connaissance qui a tranché les doutes et la réalisation de la félicité vacuité. Il doit être animé de compassion pour accomplir le bien d'autrui. S'il n'a pas de compassion, il ne peut pas prendre en charge des disciples. Certains lamas peuvent être réalisés, mais ils sont affligés par la souffrance des trois mondes du samsara et en renonçant au samsara, ils ne peuvent faire le bien des êtres. Il ne faut pas qu'il en soit ainsi. Pour pouvoir aider il faut qu'il y ait la compassion. Sans compassion, les êtres ne sont pas aidés. Il faut avoir la compassion pour aider les autres. Le lama doit avoir beaucoup étudié les écritures, connaître les textes canoniques et les commentaires sur les Trois Corbeilles, avoir la connaissance qui a tranché les doutes, la réalisation de la félicité vacuité, non seulement pour son propre bien mais aussi pour celui d'autrui. Pour accomplir le bien des êtres, il doit faire preuve de compassion envers les disciples. C'est la confirmation ou l'ornement. D'une façon générale, s'il n'a pas l'ornement c'est comme enseigné précédemment. S'il a l'ornement, c'est comme cela vient d'être dit.

 

Le maître doit avoir les qualités et la compassion, mais si le disciple n'a pas de qualités le lama ne peut l'aider. Le disciple doit être un réceptacle approprié. Qu'entend-on par réceptacle approprié ? Le disciple doté de qualités doit avoir la foi. Il doit avoir confiance en le lama et le considérer comme le Bouddha. Il doit avoir une confiance convaincue en le lama et une fois qu'il s'est engagé à sa suite il ne doit pas le rejeter. D'abord il faut l'examiner, mais une fois que l'on s'en remet à ce maître, il ne faut pas le rejeter. C'est la foi convaincue. Cette foi est la meilleure des confiances. Il y a trois sortes de confiances, celle-ci est la foi convaincue. La foi claire ou pure, c'est la joie qui naît de la rencontre avec le maître. De cette joie découle la confiance. C'est la foi claire ou la foi joyeuse. La troisième foi est la foi désireuse de celui qui aspire à la libération des trois mondes du samsara et qui désire obtenir l'état du nirvana, Si on a ce genre d'aspiration, c'est la foi désireuse. Si l'on aspire à se libérer des trois mondes du samsara et que pour le faire, on développe la foi envers les objets de refuge, les Trois Joyaux, c'est la foi désireuse. Doté de ces trois types de foi, il faut avoir la compassion envers les êtres. Tous les êtres sont affectés par la souffrance, leur nature même est la souffrance, et l'on souhaite les libérer soi-même de la souffrance. Celui qui est doté de ces confiances et de la compassion est un disciple réceptacle approprié. Il est dit que l'eau des dieux est un nectar mais ne peut être recueillie dans n'importe quel récipient. Si le récipient est cassé, il ne peut rien retenir, s'il contient du poison, il ne convient pas. Il faut un récipient pur. De la même façon qu'il faut verser le nectar des dieux dans un récipient pur, le lama verse les instructions orales dans un excellent disciple réceptacle. S'il a foi et compassion, c'est un disciple réceptacle approprié.

 

Je voudrais rajouter quelques points supplémentaires au sujet du lama qualifié. Le lama qualifié auquel on s'en remet a deux aspects. Le lama auquel on s'en remet doit être supérieur à soi. Si on s'en remet à un lama qui est plus mauvais que soi alors il va nous entraîner vers le bas, pas vers le haut. En général, nous ne souhaitons pas devenir pire. Un tel lama ne peut que nous entraîner vers le bas, il ne peut pas nous tirer vers le haut. Si on s'en remet à un lama qui est égal à soi même cela ne convient pas non plus. Ce qu'il sait je le sais aussi, ce que je sais, il le sait, on ne s'aide ni l'un ni l'autre. Ce que je ne sais pas il ne le sait pas non plus. Ce qu'il ne sait pas, je ne le sais pas non plus. En fait, il est identique à soi-même. Le lama doit être supérieur à soi. Ses qualités doivent être supérieures aux nôtres, et ce que nous ne savons pas, étant dans la confusion et sous le voile de l'ignorance, lui doit le savoir.

 

Le disciple approprié doit posséder la foi et la compassion. Mais il faut l'ornement. Qu'est la confirmation ou l'ornement qui le magnifie ? Il faut l'aspiration et le respect. Qu'entend-on par aspiration et respect ? Le lama est considéré comme le Bouddha. Comme on s'en remettrait avec respect et dévotion envers le Bouddha, on fait de même. La foi et la compassion sont en l'esprit. Qu'en est la preuve, l'ornement ? une fois que l'on considère le lama comme le Bouddha, on doit avoir à son égard la même foi qu'envers les Trois Joyaux, la même dévotion, la même façon de le servir, de lui rendre hommage. C'est très important.

 

J'ai fini cet enseignement sur "les huit ornements du sens profond." Les jours passés j'ai eu beaucoup d'activités, aujourd'hui j'ai un rhume et ma pensée n'est pas très claire donc je ne suis pas sûr que ce que j'ai dit soit très bien. Je vous présente mes excuses. Cet enseignement "les huit ornements du sens profond" est fini. Maintenant, je voudrais vous faire part de quelques réflexions. En général, les lamas vous enseignent ce qu'est le dharma, mais je crois que les conseils sur la vie quotidienne sont plus rares. En général, le dharma est au-delà des choses du monde et ne doit pas être mélangé avec les choses mondaines. Mais en ce qui concerne l'activité quotidienne, nous vivons dans le monde. Quelle que soit notre pratique, nous vivons en société. Puisque nous vivons en société, nos actes doivent être en conformité avec elle. Quand on pratique le dharma, cela doit être uniquement le dharma sans mélange avec le mondain, mais quand il s'agit de la vie quotidienne c'est différent. Quand un lama accomplit une activité bénéfique pour les autres cette activité doit être faîte en conformité avec la société, Ce ne doit pas être en opposition avec elle. Du point de vue social, nos activités spirituelles ne doivent pas aller à l'encontre des activités du monde. J'ai pensé que des conseils pour unir le dharma et la vie quotidienne vous seraient profitables.

 

Nous sommes des pratiquants, et la prise de refuge en les Trois Joyaux est la conduite la plus importante pour tous les bouddhistes. Quoi que nous fassions, nous devons commencer par prier les Trois Joyaux. Les moines et les nonnes doivent observer les voeux, les samayas et les engagements de l'étique. Il ne faut pas simplement penser à soi-même. De même que je souhaite être heureux, les autres aussi le souhaitent. Il faut développer la compassion et méditer l'échange de soi avec autrui.

 

Quand on fait des offrandes aux Trois Joyaux, les offrandes n'ont pas besoin d'être vastes. Si on offre un bâton d'encens avec une pure intention c'est une immense accumulation de mérite. Il faut pratiquer la générosité à l'égard des plus démunis. De même, il faut témoigner du respect aux parents et aux anciens. De nos jours, on ne témoigne plus de respect aux personnes âgées et beaucoup de souffrance en découle. En tant que pratiquants nous devons avoir une attitude correcte et être serviable envers eux. Nous avons peut-être le sentiment d'être la personne la plus importante au monde, mais nous sommes dépendants les uns des autres et devons nous entraider. Si nous n'avons pas aidé les autres, les autres ne viendront pas non plus nous aider. C'est bien, je pense, d'aider, de servir les autres. Cette aide à autrui ne doit pas être imposée n'importe comment, mais doit être adaptée en fonction des besoins. Il faut tenir compte de ses propres défauts et qualités et agir avec douceur.

 

En général, quelles que soient nos activités, il faut agir en harmonie avec la société. Il faut agir en conformité avec elle, avec sincérité et sans hypocrisie. De nos jours, beaucoup de personnes agissent en fonction de l'apparence extérieure, pas en fonction de ce qui se passe vraiment à l'intérieur. Du point de vue du dharma, ce n'est pas convenable. Cependant, quand on est engagé dans une activité importante ou que l'on doit accomplir quelque chose de majeur, il faut parfois user des moyens habiles si la situation le demande, ou pour éviter un gros conflit. Dans ce cas, il est possible de recourir à une apparence trompeuse. Mais le critère principal demeure l'attitude intérieure.

 

Parfois certains s'engagent dans des tâches plus grandes que ne le permettent leurs capacités, ils ne peuvent les accomplir, et le résultat en est la souffrance mentale qui n'est pas nécessaire. II convient aussi de ne pas dire immédiatement ce qui vient à l'esprit. Si l'on dit tout ce qui se passe à l'esprit, les autres ne vont plus nous croire. Il faut évaluer et peser ce qui vient à l'esprit. Il faut savoir garder le secret. Si un secret doit demeurer, il est peut-être même préférable ne pas le partager avec son propre fils. De nos jours, il est difficile de faire confiance. D'abord il faut voir si on peut faire confiance ou non, mais selon moi, la plupart du temps, il vaut mieux ne rien dire.

 

Dans le monde, nous rencontrons de nombreuses circonstances adverses. Que ce qui advienne soit bien ou mal, il faut savoir en prendre la mesure. Ce qui arrive peut affecter notre esprit, mais il est important de prendre sur soi et de ne pas réagir tout de suite en montrant un visage coléreux, si on le fait ce n'est pas très bien. Ensuite, la situation peut changer et la fois d'après peut-être on réagira autrement, mais les autres ne seront pas près à accepter ce changement. Il faut laisser de la place pour le changement, ne pas réagir de suite. Si nous laissons notre corps et notre esprit allés n'importe comment, il y a le risque que cela crée des obstacles ultérieurs. Si l'on devait être retenu pour un travail cela risquerait de le compromettre. Quand dans l'activité, les conditions sont bonnes et que les affaires marchent bien, ne prenez pas cela pour une garantie. Si vous n'avez pas de modération, les conditions favorables peuvent tourner et la fois d'après il est possible que le bénéfice ne soit pas là mais que le capital aussi disparaisse. Il est bon de faire preuve de modération.

 

Quelles que soient les activités dans lesquelles nous nous engageons, il faut d'abord y réfléchir ; quelles sont les causes, les conditions quels sont les inconvénients et les avantages respectifs. Il faut bien y penser avant. Si ensuite cela se passe mal, il y a du regret mais c'est trop tard. Il faut bien voir la situation auparavant. Dans le dharma, il en va de même, il faut d'abord analyser. Si on n'a pas bien réfléchi, et qu'ensuite il y a des changements, que cela ne se passe pas bien des doutes s'élèvent, des pensées divergentes surgissent. Ce n'est pas bien. Dans l'accomplissement de l'activité, il ne faut pas de doutes, s'il y a des doutes on ne peut pas avancer. Il faut être sans doute. Voilà, je vous ai donné quelques petits conseils pour mener votre vie quotidienne.

 

Des gens du monde entier sont venus ici durant ce meunlam et nous avons pu nous rencontrer dans cette salle. C'est sans doute la première fois qu'une telle réunion s'est tenue dans cette pièce avec autant d'étrangers. Je crois nous avons, les uns et les autres, expérimenté des joies diverses. Personnellement, j'en ai tiré beaucoup de joie. C'est le fruit d'une vaste accumulation. Cette réunion s'est déroulée ici à Bodh Gaya où le Bouddha a réalisé l'éveil et c'est une source de grand mérite. Probablement un certain nombre de choses que j'ai pu dire n'ont pas de sens et je vous présente mes excuses. Mais s'il y a eu des choses positives, c'est le résultat de notre rencontre. Puisse le bienfait qui découle de cette rencontre se perpétuer et puisse-t-il y avoir de semblables opportunités dans le futur ! Puissé-je encore partager avec vous ce que je pense bon et bénéfique ! Avec ce sentiment de joie que nous partageons tous de diverses façons je vous transmets mes voeux les meilleurs et les plus joyeux.

 

C'est la première fois depuis que j'ai quitté le Tibet, que j'ai pu partager le dharma avec tant d'étrangers et je m'en réjouis. Ce Grand Kagyu Meunlam se termine aujourd'hui et s'est très bien déroulé par le pouvoir et la compassion des tulkous et lamas. De même notre rencontre et cet échange sur le dharma se terminent ce jour. Ces deux évènements se sont très bien passés. Je n'ai pas grand-chose d'autre à ajouter. Je suis heureux de votre venue ici et de l'intérêt que vous témoignez pour le dharma. Vous êtes venus de très loin et je vous en remercie. Le nouvel an approche et pour l'année nouvelle je vous présente mes meilleurs v|ux, mes taschi délègs. De même, pour le losar, le nouvel an tibétain, je formule des souhaits pour la réalisation vos aspirations au plan spirituel, mondain et pour toutes vos activités. Vous êtes en relation avec des personnes dans divers centres du dharma. Je vous ai transmis aujourd'hui mes souhaits et je compte sur vous pour que vous leur transmettiez en mon nom quand vous rentrez chez vous.

 

Je suis né à Lhatok, (au Tibet) et je suis sans doute la première personne de Lhatok à parler du dharma à des étrangers, et j'en ai une certaine fierté.

Vous pouvez poser trois questions.

 

Première question :

Pouvez-vous clarifier les termes " instructions orales" et "introduction à la nature de l'esprit" ? Les instructions orales ont pour objet de faire naître la félicité vacuité, mais l'introduction à la nature de l'esprit, est-ce différent ou s'agit-il d'un approfondissement de cette expérience ? Dans quelle circonstance cela se transmet-il ? Cela doit-il être formel ou bien comme Tilopa frappant Naropa ?

 

Je pense que cela dépend du mérite des individus. Cela dépend du potentiel de chacun. Pour certains qui sont aptes à recevoir la transmission, elle peut être effectuée de façon formelle ou non, mais il n'y a pas un moment particulier pour la transmission. En fait, le mode de transmission dépend du mérite de chacun. En ce qui concerne l'introduction à la nature de l'esprit, c'est une façon de parler de la manière dont la transmission peut être effectuée formellement ou non, mais en ce qui concerne la réalisation il n'y a pas de différence.

 

Deuxième question :

Je voudrais remercier Votre Sainteté. Ici à Bodh Gaya, en ce lieu sacré, en votre présence, c'est très facile pour des sentiments purs de s'élever en notre esprit, de pratiquer et la méditation progresse facilement. Mais quand on rentre chez soi dans la vie mondaine, c'est difficile de se concentrer dans la méditation et le dharma. Il y a toutes sortes de distractions, soucis, stress, et il est difficile de contrôler la colère qui fait accumuler beaucoup de mauvais karma. Votre Sainteté peut-elle nous donner des conseils pour résoudre ces problèmes ?

 

Comme vous le dites, cette pure motivation en le dharma, tient à ce lieu sacré de Bodh Gaya. C'est significatif de la grâce qui y est associée. Avant d'arriver ici en venant de Delhi, en regardant la route et les environs je ne pensais pas cela me plairait beaucoup. Mais en arrivant à Bodh Gaya j'ai trouvé beaucoup d'occasions de joie. Il y a de nombreuses raisons, lié aux bénédictions de ce lieu sacré et peut être aussi un peu a moi ! La bénédiction vient en fonction de notre foi et de notre aspiration. Quand vous rentrez chez vous dans votre pays, je pense qu'il y a deux choses importantes. La première est de prier le lama. Il faut prier le lama continuellement. L'autre chose est de faire preuve de vigilance. En général, notre défaut est de ne pas faire attention. Nous ne réfléchissons pas à ce qui est nuisible, à ce que sont les émotions perturbatrices, aux défauts de ne pas faire preuve de vigilance. Si l'on fait preuve de vigilance cela nous aidera.

 

Troisième question :

Vous avez enseigné que les pensées négatives se développent facilement. Quelle recommandation auriez-vous pour générer la vertu en l'esprit ?

 

En fait, il faut être motivé pour la pratique de la vertu. Si nous avons l'aspiration à accomplir la vertu, les qualités vertueuses vont naître, la joie et l'enthousiasme vont venir et si nous faisons preuve de diligence nous pratiquerons parfaitement la vertu. Mais quand on accomplit les choses vertueuses, les obstacles surgissent. Quand on accomplit les choses négatives, il n'y a pas grand obstacle. Quand on accomplit la vertu, il y a des obstacles et il ne faut pas se laisser influencer par eux et ne pas avoir de doutes. Si on peut faire ainsi, c'est bien. Il faut faire des efforts, prier le lama et prier le yidam.

Traduit du tibétain par lama Namgyal.

 

 

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